Le projet de loi d’urgence agricole ne répond ni aux attentes de la majorité des agriculteurs ni à celles des citoyens, en s’obstinant à soutenir un système agricole et alimentaire à bout de souffle. Le Collectif Nourrir défend une proposition fondée sur la protection des revenus agricoles, des moyens de production, de l’environnement et du droit à l’alimentation. Il appelle les décideurs politiques à renoncer à toute tentative de passage en force de cette loi qui se ferait au détriment du débat démocratique.

Depuis plusieurs années, les textes agri­coles se suiv­ent et se ressem­blent, guidés par les intérêts privés de quelques-uns, au détri­ment des droits des paysans et du droit à une ali­men­ta­tion choisie, saine et durable. Le pro­jet de loi d’urgence, présen­té comme une nou­velle propo­si­tion face à la crise agri­cole, per­siste dans la même impasse. Il n’apporte pas de réponse à ses caus­es pro­fondes : revenus insta­bles et insuff­isants, manque d’accompagnement à la tran­si­tion et à l’adaptation au change­ment cli­ma­tique, con­cur­rence accrue liée au libre-échange ou dif­fi­cultés d’accès au fonci­er pénal­isant l’installation de nou­veaux agricul­teurs. Sous cou­vert de sou­veraineté agri­cole, le gou­verne­ment, loin de réc­on­cili­er, oppose de fait agri­cul­ture et écolo­gie et pro­pose par exem­ple de favoris­er l’accaparement de l’eau et l’industrialisation de l’élevage.

L’introduction d’un volet revenu, grand oublié des lois précé­dentes, était le seul sig­nal posi­tif du pro­jet présen­té par le gou­verne­ment. Et l’adoption en com­mis­sion d’un amende­ment inter­dis­ant les prix agri­coles inférieurs aux coûts de pro­duc­tion, issu de notre propo­si­tion de loi, con­stitue une avancée. Mais cela reste large­ment insuff­isant pour répon­dre à l’urgence. 

Le Col­lec­tif Nour­rir défend des mesures bien plus ambitieuses : pro­téger le revenu des agricul­teurs en inter­dis­ant les prix abu­sive­ment bas et en sou­tenant les fil­ières bio et équita­bles ; pro­téger les fac­teurs de pro­duc­tion en dévelop­pant l’agriculture biologique sur les zones de cap­tage d’eau potable et en ren­forçant la trans­parence fon­cière ; pro­téger enfin le droit à une ali­men­ta­tion saine et durable en inter­dis­ant les addi­tifs dan­gereux et en ren­forçant le principe pollueur-payeur.

Nous sommes encore une fois face à un texte qui n’est pas à la hau­teur, niant les réal­ités sci­en­tifiques et agronomiques comme les attentes des agricul­teurs et citoyens. Mais nous sommes aus­si préoc­cupés par la méth­ode, entre deals et pres­sions qui nour­ris­sent le sen­ti­ment d’une incom­pat­i­bil­ité avec un débat réelle­ment démoc­ra­tique.” Math­ieu Courgeau, co-prési­dent du Col­lec­tif Nourrir

Les exem­ples de cette stratégie se mul­ti­plient ces dernières semaines. Les députés ont mul­ti­plié en com­mis­sion le dépôt d’amendements réau­torisant les néon­i­coti­noïdes, mesure pour­tant cen­surée par le Con­seil con­sti­tu­tion­nel et con­testée par plus de 2 mil­lions de citoyens dans la péti­tion con­tre la loi Duplomb. L’Office par­lemen­taire d’évaluation des choix sci­en­tifiques a reporté à la dernière minute et sine die — une pre­mière — la pub­li­ca­tion d’une note sur les impacts san­i­taires et envi­ron­nemen­taux de l’acétamipride issue de l’audition d’une ving­taine de sci­en­tifiques spé­cial­istes du sujet. Enfin, le 7 mai, Sébastien Lecor­nu a adressé une let­tre ouverte “aux agricul­teurs de France” qui, à la veille du débat en hémi­cy­cle, met sous pres­sion le dia­logue par­lemen­taire et ouvre même la voie à un sou­tien gou­verne­men­tal à la loi Duplomb 2.

Le Col­lec­tif Nour­rir reste vig­i­lant face à un risque de non-respect du débat démoc­ra­tique pour aboutir à une loi qui induirait de nou­velles atteintes à notre sys­tème agri­cole et ali­men­taire. Il appelle le gou­verne­ment et les par­lemen­taires à enfin con­sid­ér­er que c’est en alliant la pro­tec­tion des agricul­teurs, de l’environnement et des citoyens que pour­ra se dessin­er une réelle sor­tie de crise.

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