Pour une PAC capable de relever les immenses défis qui nous attendent
| Des associations françaises et allemandes représentant les organisations agricoles, environnementales, climatiques, de défense des consommateurs et de protection des animaux unissent leurs forces pour demander aux institutions européennes de faire de la future Politique agricole commune (PAC) un véritable outil de soutien à l’agriculture paysanne, aux revenus des agriculteurs et à la préservation des écosystèmes agricoles. Notre souveraineté alimentaire et notre capacité à faire face aux multiples crises actuelles en dépendent. |
Les propositions législatives formulées par la Commission européenne en juillet dernier, et sur lesquelles travaillent maintenant le Conseil et le Parlement européen, sacrifient le socle commun de la PAC. Elles risquent de mettre en concurrence les États membres à un moment où leur unité est plus que jamais nécessaire face aux crises géopolitiques et environnementales.
Le Collectif Nourrir en France et la Verbände Plattform en Allemagne soulignent que pour garantir une production alimentaire durable, il est indispensable d’assurer une rémunération équitable et transparente à celles et ceux qui la produisent. Avec un budget incertain, une réforme de l’organisation commune des marchés (OCM) peu ambitieuse et une révision timide du ciblage et de la redistribution des aides de base au revenu vers les petites et moyennes exploitations, la Commission européenne manque l’occasion de garantir des revenus plus justes pour les agricultrices et les agriculteurs. Les négociations risquent de maintenir la répartition inégale actuelle des aides de la PAC, au détriment des revenus et de la stabilité de celles et ceux qui œuvrent pour la transition écologique et le renouvellement générationnel. Les propositions de la Commission risquent également de maintenir la dépendance du secteur à des pratiques non durables et à l’importation d’intrants pétro-chimiques, au lieu d’aider les agriculteurs à renforcer leur résilience et à préparer l’avenir.
Les deux associations dénoncent l’affaiblissement conséquent de l’architecture environnementale de la PAC, pourtant indispensable pour soutenir des exploitations agricoles plus autonomes et plus résilientes. Dans sa proposition, la Commission européenne poursuit le démantèlement de la conditionnalité environnementale entamée en 2024 et ne propose aucun objectif environnemental et climatique pour la PAC. Ces évolutions menacent non seulement la santé des agriculteurs et des citoyens, mais aussi celle des écosystèmes agricoles et leur capacité à produire notre alimentation à long terme.
Pour que la future PAC soit à la hauteur des enjeux actuels, le Collectif Nourrir et la Verbände Plattform demandent de :
- renforcer les revenus des agriculteurs et leur position dans la chaîne de valeur grâce à une véritable réforme de l’OCM. L’amélioration des revenus agricoles doit reposer sur des prix équitables et transparents, ainsi que sur une redistribution plus équitable des aides au revenu de base. Cela passe notamment par la suppression progressive des paiements à la surface, comme proposé dans le dialogue stratégique. En outre, un soutien accru doit être accordé aux premiers hectares
- renforcer les mesures de la PAC en matière d’environnement, de climat et de bien-être animal. Il s’agit notamment d’introduire un budget minimum pour les mesures environnementales, climatiques et de bien-être animal supérieur aux objectifs de la PAC actuelle et de proposer un financement européen supérieur pour les Actions Agri-Environnementales et Climatiques.
- garantir un socle commun pour la conditionnalité dans toute l’Europe en fixant des critères environnementaux et sociaux ambitieux pour le paiement des aides PAC, notamment pour la protection des prairies permanentes, dans tous les États membres.
- aligner toutes les mesures de la PAC sur l’impératif de renouvellement des générations en agriculture. D’une part, en veillant à ce que les aides à l’installation des jeunes et des nouveaux agriculteurs, ainsi que l’ensemble des soutiens de la PAC, soient ciblés sur les exploitations durables. D’autre part, en s’assurant qu’elles reflètent la diversité des cédants et des candidats actuels à l’installation, y compris les nouveaux agriculteurs, les hors-cadres familiaux et ceux qui s’installent dans des systèmes agroécologiques.
“Face à la multiplication des crises actuelles, nous appelons les représentants des institutions européennes à être à la hauteur des enjeux. Notre action commune est plus que jamais nécessaire pour renforcer plutôt qu’à affaiblir notre système agricole et alimentaire. Pour cela, nous avons besoin d’une PAC qui sécurise l’avenir en soutenant celles et ceux qui produisent notre alimentation et en assurant la pérennité et l’indépendance de manières de produire.” Mathieu Courgeau, co-président du Collectif Nourrir
« Pour assurer l’avenir de l’agriculture, nous avons besoin d’une réponse politique véritablement européenne et d’un cadre de gouvernance qui donne la priorité à ceux qui concrétisent nos ambitions sociales et écologiques. Nous ne voulons pas d’une approche renationalisée qui affaiblit notre capacité d’action collective et relègue la politique agricole au second plan. » Ottmar Ilchmann, représentant de la Verbände Plattform
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