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Du jamais vu depuis que les mesures de température existent : avec ses 53 jours de canicule, l’été 2026 restera gravé dans les mémoires… mais aussi dans les assiettes. Les rendements agricoles de cette année devraient reculer de manière importante, avec des variations en fonction des cultures et des territoires, allant jusqu’à des pertes totales (Données Agreste, août 2026). Et les prix des produits frais ont déjà grimpé de 6% en moyenne sur un an (Panier RMC BFM, août 2026). La tendance ne devrait guère s’arranger dans les mois à venir : l’envolée des coûts de l’énergie se répercutera fatalement sur les prix alimentaires en 2027 dans un contexte où les salaires et minima sociaux ne suivent pas l’inflation. Pour de nombreux ménages, cette situation s’ajoute à l’augmentation des dépenses liées aux transports, au logement ou à l’énergie. Lorsque le budget se resserre, l’alimentation devient souvent la principale variable d’ajustement.
Résultat : la précarité alimentaire explose. Selon un sondage récent, 13% des Français déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture, une proportion qui monte à un sur quatre pour les jeunes. Près de 39% de la population a suffisamment à manger mais doit renoncer à certains aliments qu’ils souhaiteraient consommer, notamment par manque de moyens. Cette réalité est d’abord une question de précarité et de justice sociale. Mais l’alimentation est aussi au cœur de nombreux défis de notre temps : la santé des populations, l’avenir de notre agriculture, la cohésion de notre société et notre capacité à nous adapter aux dérèglements climatiques. Cette réalité est d’abord une question de précarité et de justice sociale. Mais l’alimentation est aussi au cœur de nombreux défis de notre temps : la santé des populations, l’avenir de notre agriculture, la cohésion de notre société et notre capacité à nous adapter aux dérèglements climatiques.
Face à cette situation intenable, de nombreuses initiatives émergent : partout sur le territoire, associations, collectivités, agriculteurs, professionnels de santé, organisations environnementales, chercheurs, acteurs de l’économie sociale et solidaire et citoyens s’engagent chaque jour pour apporter des réponses concrètes. Ces réponses sont indispensables, mais elles restent trop souvent dispersées, sans véritable politique publique pour les coordonner et agir durablement. Plus grave encore : au-delà de l’absence d’un plan, les dernières années et les débats publics actuels ont surtout montré une succession de reculs graves mettant en danger l’accès de toutes et tous à une alimentation saine et durable (loi d’orientation agricole, loi Duplomb, loi d’urgence agricole, restrictions de l’accès aux aides sociales, etc.)
Les Français ont bien conscience de cette situation et appellent les pouvoirs publics à l’action : pour 58% d’entre eux, c’est d’abord à l’État et aux pouvoirs publics nationaux d’agir contre la précarité alimentaire, avant les associations (29%). Et pour 86% d’entre eux, cette action de l’Etat doit passer par l’adoption d’une loi-cadre reconnaissant le droit à l’alimentation et garantissant sa mise en œuvre.
Faire du droit à l’alimentation un objectif politique et un cadre pour reprendre le pouvoir sur notre alimentation
C’est pourquoi nous appelons à la rédaction d’une loi-cadre. À quoi servirait une telle loi ? Tout simplement, à sortir de l’accumulation d’initiatives dispersées et enfin construire une véritable politique publique du droit à l’alimentation. En fixant des objectifs, des moyens et des responsabilités, ce cadre juridique permettrait notamment de garantir des prix justes et rémunérateurs aux agriculteurs, de faciliter l’accès aux produits frais et de qualité partout en France, ou encore, dans toutes les cantines, de fixer des tarifs adaptés aux ressources des familles. Elle aurait également pour objet de mieux encadrer les pratiques de la filière agro-alimentaire et de la grande distribution, dont l’implication est essentielle. Elle permettrait de se mettre autour de la table pour décider démocratiquement ce que l’on veut dans nos assiettes comme dans nos champs.
Cela n’a rien d’utopique, le Brésil notamment a montré la voie. À partir de 2003, le pays a mis en place une stratégie coordonnée associant soutien aux ménages vulnérables, restauration scolaire et politiques agricoles favorisant l’agriculture familiale. Résultat : l’insécurité alimentaire sévère au Brésil a été divisé de presque moitié.
Permettre à l’Initiative Citoyenne Européenne d’atteindre un million de signatures d’ici la fin 2026
En Europe, l’idée fait son chemin : une Initiative citoyenne européenne intitulée L’alimentation est un droit humain pour toutes et tous ! a été enregistrée par l’Union Européenne en juillet 2025. Reste à passer à l’étape suivante : pour être examinée par la Commission européenne, cette initiative doit réunir au moins 1 million de signatures à travers l’UE, d’ici le 6 janvier 2027.
C’est en France que le nombre de signatures est le plus élevé. Cela reflète une attente sociétale forte pour une transition du système alimentaire et agricole, comme l’a aussi montré l’impressionnante mobilisation citoyenne au sujet de la loi Duplomb, à l’été 2025.
La mobilisation de toutes et tous s’affirme aujourd’hui plus indispensable que jamais. Alors que les crises sociales, sanitaires, agricoles et climatiques se renforcent mutuellement, il est temps de dépasser les réponses fragmentées et de reprendre le pouvoir sur notre alimentation. Il ne s’agit pas de faire voter une loi de plus, mais de se mettre en ordre de marche pour combattre une situation intenable, et construire ensemble un système alimentaire respectueux des humains et de la nature. La France, premier producteur agricole de l’Union Européenne, se doit de jouer un rôle pionnier face à cette urgence.
Benjamin Nguyen, président, Action contre la faim
Mathieu Courgeau et Lorine Azoulai, co-président·es, Collectif nourrir
Anne-Sophie Joly, présidente, collectif national des associations d’obèses
Jacqueline Collard, présidente, Sera (Santé environnement Auvergne Rhône-Alpes)
Christine Ferron, déléguée générale, Fédération promotion santé
Vincent Brassart, fondateur et directeur général, La Tablée des chefs France
Thierry Fousset, président, Ugess
Christine Aubry, directrice, chaire Agricultures urbaines
Bruno Morel, président, Emmaüs France
Céline Crosnier, présidente, collectif Les Pieds dans le Plat
Lorana Vincent, déléguée générale, Vrac France
Amélie Charvériat, coordinatrice, Territoires à vivres Grand Lyon
Yann Auger, directeur général, Andès, les épiceries solidaires
Lucile Delorme, présidente, Afaup (Association française de l’agriculture urbaine)
Dominique Nicolas, co-président, Crepacq
Didier Duriez, président, Secours catholique – Caritas France
Laurence Goubet, coordinatrice générale, Les Bouillonnantes
Juliette Parade, directrice, Association végétarienne de France
Emilie Orliange, présidente, Association de l’alimentation durable
Pascal Brice, président, Fédération des acteurs de la solidarité
Marie-Pierre Membrives, cheffe de projet, Cantines rêvolution
Sophie Thiron, administratrice, Cocagne alimen’Terre
Edouard Toulouse, président, Réseau action climat
Claude Torre, président, Max Havelaar France
Somhack Limphakdy, co-fondatrice, Pour une Sécurité sociale de l’alimentation – Alsace
Marc Boinot, co-présidence, association Au Maquis
Nathalie Barthe, co-présidente, Caisse alimentaire commune de Montpellier
Maëlla Sourivong, co-présidente, association Cohérence
Céline Haton, co-présidente, Crea-SSA (Comité de réflexion et d’action pour une sécurité sociale de l’alimentation en pays de Lorient)
Birgit Müller, co-fondatrice, Les Mamies pour le futur
Jean-François Marusyczak, directeur général adjoint, fondation de l’Armée du salut
Bénédicte Bonzi, directrice, Crasaa (Centre de recherche Action sur les systèmes alimentaires et agricoles)
Boris Bailly et Louison Bernard, co-présidents, Maison des agricultures de l’alimentation durable (Maad)
Nicolas Verzotti, président, réseau Civam
Anna Franco et Dominique Bounie, co-fondateurs, Barasoup’
Guillaume Nicolas, délégué général, CCFD-Terre solidaire
Emilie Maidon, animatrice et encadrante cuisine, Jardin du Comminges
Quentin Trotignonn, co-président, Adear 37
Nadine Lahoud, fondatrice, Veni verdi
Myriam Laval, co-fondatrice et présidente, Réseau Marguerite, Cultivons ensemble un monde plus juste
Marie Dominique Dupont, administratrice, réseau des Amap Centre Val-de Loire
Elisabeth Juste, co-présidente, Caisse alimentaire solidaire Paris 20 (Cas20)
Dominique Jaulmes, bénévole au comité citoyen, Cas20
Charles Lesage, directeur, Kiosque paysan
Marine Mandrila, fondatrice et directrice, Refugee food
Augustin Vatelot, directeur général, Noé
Marie-Laure Meunier, trésorière, Sol’épices
Bernard Clément, administrateur, Les Ami.e.s de la Conf
Dominique Macureau, fondatrice et co-gérante, épicerie bar associative Au Courcy’rcuit
Emmanuel Cochon, délégué général, Comité français pour la solidarité internationale (Cfsi).
