| À la veille de la Commission mixte paritaire (CMP), le projet de loi d’urgence agricole, encore durci par la majorité sénatoriale, s’éloigne plus que jamais des réponses attendues par les citoyens et une majorité d’agriculteurs. Tournant le dos aux réalités scientifiques, il menace notre capacité à faire face aux crises climatiques, sanitaires et économiques. Il aggrave les impacts du modèle agricole industriel sur les paysans, le vivant et notre alimentation. Le Collectif Nourrir appelle les parlementaires à refuser tout accord en CMP et demande au Gouvernement de retirer ce projet de loi. |
Le projet de loi issu du Sénat pousse encore plus loin une logique déjà engagée à l’Assemblée : produire davantage, quel qu’en soit le coût. Loin de répondre à “l’urgence agricole”, il organise l’affaiblissement des garanties environnementales, de la santé humaine dont celle des agriculteurs et du bien-être animal.
L’urgence est ailleurs : sécuriser les revenus agricoles et accompagner la nécessaire transition de notre agriculture, deux enjeux majeurs ignorés par le texte. Sur les revenus, le Sénat a supprimé les rares avancées adoptées par l’Assemblée nationale sur l’interdiction de contractualisation à des prix agricoles inférieurs aux coûts de production ou sur la transparence dans la construction des prix. Les parlementaires ont également écarté des solutions déjà éprouvées comme le commerce équitable et l’agriculture biologique. Le texte ne propose par ailleurs aucune réponse structurelle à la concurrence déloyale, pourtant au cœur de la crise agricole.
Alors que les canicules et sécheresses se multiplient, le projet de loi affaiblit gravement les règles de protection et de partage de l’eau. En privilégiant certains besoins agricoles plutôt que l’état de la ressource pour fixer les volumes prélevables, il facilite le développement des mégabassines. Il réduit aussi le rôle des associations et des citoyens dans la gestion locale de l’eau, remet en cause les normes protégeant la qualité de l’eau potable. Il fragilise également les zones humides, pourtant essentielles à la biodiversité, au maintien de l’eau dans les sols et à la prévention des inondations.
Le texte ouvre aussi la voie à la dérégulation de l’usage des pesticides, source d’inquiétude et de mobilisation des citoyens. Plutôt que de protéger les pratiques agroécologiques, il introduit des dérogations pour des pesticides interdits depuis plusieurs années, l’acétamipride et le flupyradifurone, et limite l’indépendance de l’ANSES.
Le Sénat a aussi affaibli les dispositifs visant à protéger les terres agricoles contre les contournements du contrôle foncier, et facilité leur artificialisation, au détriment du renouvellement des générations agricoles. Enfin, le texte habilite le Gouvernement à créer, par ordonnance, un régime spécifique pour les élevages classés, ouvrant à la fois à une dérégulation de l’élevage industriel et à un affaiblissement durable des contrôles environnementaux et de la consultation du public.
« Les parlementaires ont poussé tous les reculs écologiques, sociaux et démocratiques à leur paroxysme. ll n’y a pas de compromis possible s’il se fait au péril de nos droits. Le Gouvernement doit aussi prendre la mesure de la situation : ce texte ne répond pas aux attentes des agriculteurs et va à l’encontre de la santé des citoyens. Nous avons besoin d’une loi qui protège les revenus agricoles, l’environnement et le droit à une alimentation de qualité, pas de mesures dictées par des calculs politiques et les intérêts de quelques-uns. » Mathieu Courgeau, co-président du Collectif Nourrir
En imposant une vision idéologique de l’agriculture, une majorité de parlementaires choisit de tourner le dos aux consensus scientifiques et aux attentes de la société. Elle compromet l’émergence de politiques agricoles et alimentaires capables de répondre simultanément à l’urgence du revenu agricole, du renouvellement des générations, de la santé publique, de la biodiversité et du changement climatique. Nous appelons les parlementaires à refuser tout accord lors de la CMP.
Jusqu’à son adoption définitive, le Gouvernement peut, en application de l’article 84 du règlement de l’Assemblée nationale, retirer son projet de loi. Le Collectif Nourrir appelle le Premier Ministre, Sébastien Lecornu, à prendre acte des risques majeurs posés par ce texte et, en conséquence, à le retirer de l’agenda parlementaire.
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Claire Gittinger
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