L’initiative citoyenne européenne déposée par Good Food for All pour “garan­tir un accès digne à des sys­tèmes ali­men­taires sains, justes et durables” a déjà mobil­isé près de 320 organ­i­sa­tions dont 81 en France pour que cet accès soit régle­men­té et inscrit en Europe comme un droit fon­da­men­tal. Mais nous sommes encore loin du compte : le com­bat continue !

En par­al­lèle des ten­sions géopoli­tiques actuelles en Iran et au Moyen-Ori­ent, les dis­cours autour de la sou­veraineté ali­men­taire se mul­ti­plient. La ques­tion des engrais notam­ment, des OGM et des autres intrants liés au main­tien d’un sys­tème agroin­dus­triel à bout de souf­fle, revient régulièrement. 

Pour­tant, der­rière ce mot d’ordre his­torique des mou­ve­ments paysans se cache aujour­d’hui une bataille séman­tique et poli­tique majeure. Il est néces­saire de com­pren­dre com­ment la sou­veraineté ali­men­taire est sou­vent instru­men­tal­isée pour asseoir une poli­tique au ser­vice du mod­èle dépen­dant des engrais chim­iques et des exportations. 

La définition juridique 

La notion de sou­veraineté ali­men­taire a été définie dès 1996 par le mou­ve­ment paysan inter­na­tion­al via campesina. Comme le stip­ule la Déc­la­ra­tion des Nations Unies sur le droit des paysans et des per­son­nes vivant en zone rurale (UNDROP) adop­tée en 2018, la sou­veraineté ali­men­taire c’est :  “le droit des peu­ples de définir leurs sys­tèmes ali­men­taires et agri­coles et le droit à une ali­men­ta­tion saine et cul­turelle­ment appro­priée pro­duite avec des méth­odes écologiques et durables respectueuses des droits de l’homme”Dans ce cadre, “ les États établiront des mécan­ismes des­tinés à assur­er la cohérence de leurs poli­tiques agri­coles, économiques, sociales, cul­turelles et rel­a­tives au développe­ment. 

Néan­moins, on nous invite par­fois à penser la sou­veraineté ali­men­taire unique­ment sous le prisme de la sécu­rité ali­men­taire. À ce titre, la France a opéré un léger change­ment de déf­i­ni­tion qui se traduit de la manière suiv­ante : “Le main­tien et le développe­ment des capac­ités de la Nation à pro­duire, à trans­former et à dis­tribuer les pro­duits agri­coles et ali­men­taires néces­saires à l’accès de l’ensemble de la pop­u­la­tion à une ali­men­ta­tion saine, et le sou­tien des capac­ités expor­ta­tri­ces con­tribuant à la sécu­rité ali­men­taire mon­di­ale” depuis la loi d’ori­en­ta­tion pour la sou­veraineté ali­men­taire et le renou­velle­ment des généra­tions en agri­cul­ture (FranceA­griMer).

La souveraineté alimentaire comme étendard du productivisme ? 

Une déf­i­ni­tion à la Française qui occulte : 

La réal­ité sociale et économique des producteur·ices :  En réduisant la sou­veraineté à la sim­ple « capac­ité de pro­duire plus », on invis­i­bilise les con­di­tions de tra­vail et la pres­sion que subis­sent de nom­breux éleveur·ses et agriculteur·rices. 

La capac­ité d’autonomie ici et ailleurs : La sou­veraineté ali­men­taire telle que conçue par l’un­drop c’est des droits qui pro­tè­gent les paysan.nes partout dans le monde. Pour rap­pel, la France hexag­o­nale détient la plus grande sur­face agri­cole en Europe. Pour­tant, 43 % des ter­res sont con­sacrées à l’exportation et l’importation a dou­blé en l’espace de 20 ans d’après un rap­port de Terre de liens sur la sou­veraineté ali­men­taire pub­lié en 2026.  Une réal­ité d’autant plus cri­tique dans les dif­férents départe­ments d’outre-mer notam­ment. En Mar­tinique, la pro­duc­tion locale actuelle répond à 17 % des besoins ali­men­taires du ter­ri­toire d’après la DAAF avec un objec­tif fixé à 30 % d’ici 2030. 

Une acces­si­bil­ité lim­itée : cette con­cep­tion unique­ment tournée vers les sys­tèmes de pro­duc­tion ne garan­tit pas un accès pérenne de tous·tes à une ali­men­ta­tion choisie, saine et durable. En France, 16 % de la pop­u­la­tion déclare ne pas avoir assez à manger, et 45 % regrette ne pas pou­voir manger des ali­ments sains et de qual­ité selon un rap­port du CREDOC de 2023. 

Un besoin démoc­ra­tique : l’alimentation s’an­cre dans des cul­tures, des pra­tiques ter­ri­to­ri­ales, des tra­di­tions famil­iales. Ce n’est pas juste une capac­ité de pro­duire, mais aus­si une capac­ité de trans­met­tre, et de choisir quel mod­èle respecte ces savoirs ancestraux

En réponse, le droit à l’alimentation comme boussole 

Avec l’Initiative citoyenne européenne pour le droit à l’alimentation, nous por­tons une alter­na­tive con­crète :  la recon­nais­sance de ce droit fon­da­men­tal dans les poli­tiques européennes et donc dans les pays mem­bres de l’UE. Il s’agit d’une néces­sité démoc­ra­tique et d’une urgence à se réap­pro­prier notre alimentation. 

Nos lois doivent assur­er l’ac­cès digne à une ali­men­ta­tion choisie, saine et durable pour toutes et tous, qui per­me­tte une juste rémunéra­tion des paysans et paysannes et des prix abor­d­ables pour les mangeurs et mangeuses.

Pour faire de l’alimentation un droit, signez l’Initiative citoyenne européenne : https://eci.ec.europa.eu/053/public/#/screen/home  

Plus d’informations sur la cam­pagne européenne et ses sou­tiens : https://www.goodfoodforall.eu/eci/